Le Québec dépose tous les ans des centaines de brevets. Selon les derniers statistiques du OCDE (Le Conference Board du Canada) datant de 2018, la province produit 78 brevets par million d’habitants. Mais elle a du mal à convertir ces brevets en produits, butant sur la « vallée de la mort » entre l’université et l’entreprise.
En effet, L’expression « vallée de la mort » désigne le passage de la phase « recherche académique » vers celle de la « commercialisation » de la technologie. C’est une étape risquée pendant laquelle une nouvelle entreprise développe son offre et sa clientèle et cherche à assurer des ressources financières pour commercialiser et mettre au point sa technologie. Pendant cette période, l’entreprise est confrontée à certaines étapes intermédiaires pour passer de l’invention au produit fini. Le processus du transfert de technologie engendre différents coûts liés à la R&D, au marketing, aux ressources humaines et à la stratégie. Ceci présenterait par conséquent différents risques qui peuvent être financiers, techniques et/ou technologiques.
On peut noter différentes sources de risque qui peuvent engendrer la perte financière ou l’annulation du processus de transfert de technologie à savoir ;
- l’ambiguïté et la mal-interprétation des objectifs et des opportunités.
- le manque d’une méthodologie efficace de gestion de projets.
- la mauvaise estimation de la durée du processus de transfert de technologie.
- la volatilité du personnel impliqué : ce facteur semble être associé aux start-ups fraîchement créées. En effet, le personnel de ces entreprises est constitué principalement des stagiaires qui n’hésitent pas à quitter l’entreprise dès qu’ils trouvent de nouvelles opportunités, provoquant ainsi une forte rotation du personnel et une perte de connaissance.
- le risque d’une baisse de la productivité des chercheurs et le ralentissement de la diffusion du savoir.
- les risques liés à l’opportunisme et l’expropriation des connaissances. En outre, la nécessité d’acquérir des compétences techniques et managériales conduit certaines nouvelles entreprises de haute technologie à recourir à des alliances stratégiques. Ce genre de partenariat pourrait nuire à la compétitivité de l’entreprise en augmentant le risque d’expropriation de ses propres connaissances. De plus, L’environnement très concurrentiel, dans lequel de nombreuses nouvelles entreprises de haute technologie opèrent, augmente le risque du comportement opportuniste des partenaires dans le cadre des alliances horizontales.
- le risque de perte de contrôle de la technologie ; suite à la signature d’un contrat de licence à titre d’exemple, le chercheur perd le contrôle de la technologie et devient dépendant de son partenaire.
- Le risque financier ; Quant à l’industriel qui se lance dans le projet, il coure un risque financier puisqu’il est préoccupé principalement par la rentabilité de la technologie.
- le risque commercial qui est le risque de l’activité lié à la taille du marché potentiel, aux recettes attendues, à la structure prévue du coût.
- le risque technique; Ce risque est lié à une défaillance technique qui peut mettre fin au projet. Ce type de risque est généralement capturé par la volatilité de la rentabilité du projet et est lié à l’efficacité de l’invention.
- les risques technologiques e.g ; le risque d’augmentation du coût d’une technologie plus rapidement que son rendement, le risque lié à la capacité des clients d’adopter de nouveaux produits technologiques offerts par les concurrents et le risque opérationnel qui est définit, comme étant le risque que l’entreprisse ne parvient pas à attirer et fidéliser des clients.
Pour faire face à ces risques, les spécialistes en transfert de technologie mettent l’accent sur la démarche classique de management des risques d’un projet. Cette démarche s’appuie sur un processus itératif qui vise à ;
- identifier et analyser les risques encourus,
- les évaluer et les hiérarchiser,
- envisager les moyens de les maîtriser,
- suivre et contrôler ces risques
- et enfin à capitaliser l’expérience et le savoir-faire acquis dans ce domaine.
Par ailleurs, différents organismes ont été créés au Québec afin de faire face à ces risques inhérents au transfert de technologie. A titre d’exemple, les bureaux de transfert de technologie (BTT) ont un rôle clé pour affronter ces risques et faciliter le franchissement de la vallée de la mort. Reste que combler ce gap ne relève pas seulement d’un travail technique pour rapprocher l’offre d’un laboratoire du besoin d’un industriel. C’est aussi un risque financier pour l’industriel qui se lance dans le projet. Il est donc inévitable pour les chercheurs et les industriels de demander l’aide auprès des organismes de transfert de technologie pour réduire les risques et ainsi favoriser le transfert de technologie.
Il est aussi important d’encourager L’implication des chercheurs dans les efforts de trouver des débouchés économiques à leurs recherches et de nouvelles sources de financement. En effet, les liens passés entre les chercheurs et l’industrie représentent un facteur facilitant leur implication. Le réseau de ces chercheurs « réticulaires » peut être une ressource pour les organisations de transfert de technologie à la recherche de débouchés et réduire le risque vis-à-vis des industriels.

